Lettre à l’être aimé #1

Lettre à l’être aimé #1

Chère mamie,

Il y a parfois des périodes comme en ce moment où tu es présente dans toutes mes actions. Généralement, je ne sais pas trop ce qui déclenche ce manque intensif. Là si. J’ai vu un film qui ne m’a pas plus plu que ça « Comment c’est loin ». Cependant, il y a eu un passage qui m’a touché dans lequel Orelsan partage un moment de complicité avec sa grand-mère. Un moment un peu comme nous partagions…

Le passage est assez banal, il partage une tartine de pain/pâté ensemble et elle se met à chanter avec lui. Le visage de sa mamie est tellement beau… marquée d’une vie passée… comme toi. De jolies petites rides qui vous ont fait passer de la maman qui conseille et dirige à la mamie qui conseille et qui rit de tout et de rien, des petits bonheurs de la vie… Quand je vois ce passage, quand j’entends encore cette musique, je ne peux m’empêcher que de penser à toi. Les paroles ne me parlent pas tellement mais ce fond musical, la voix de cette mamie et si je regarde la vidéo, c’est ton visage qui apparait.

Je ne me souviens plus de toute mon enfance. Il y a cependant de nombreux moments de fous rire dont je me souviens avec toi. Toi qui, me suivais dans toutes mes bêtises et mes mises en scène. Tu as tellement incarné de personnages pour me faire plaisir. De l’homme qui drague à la groupie fan de moi en passant par Rock Voisine qui me chantait des chansons… Quelle chance j’ai eu d’avoir une mamie aussi disponible que toi. Voilà 17 ans que tu es partie et rien ne remplace ton sourire, ta folie et surtout la fierté que tu avais à me voir rire, écouter, faire des bêtises avec toi.
Je me souviens tellement de tes chansons et tes danses du matin au soir devant « Danse machine », toi, moi et le chien. Nous parcourions les différents appartements que tu as habité, toujours avec ce rythme, cette danse à base de « je jette mes pieds un peu partout » et je chante « lalala la ». Les voisins sont devenus fous mamie, n’est ce pas ? Tu veux savoir, ça n’a pas changé ! Je danse toujours avec mon chien sur une musique pourrie et les voisins sont toujours aussi fous. Je suis heureuse d’avoir partagé avec toi ma première danse du bonheur.

Bon mamie, faut quand même que je t’avoue quelque chose. Je ne mange plus de pain et de fromage à quatre heure parce qu’étant à présent adulte, je peux soit m’acheter d’autres bêtises à manger, soit je suis en période de régime (oui mamie, je fais toujours attention à mes repas !). Si ça peut te rassurer, je me fais quand même plaisir régulièrement avec un bon magnum. Ces pauses gourmandes que nous nous accordions toutes les deux… je suis heureuse d’avoir, avec toi mamie, croqué la vie à pleine dent.

Le jour où tu es partie, j’ai accepté. C’est étrange non ? Je me souviens toujours quand maman et papa sont partis « faire le nécessaire » car tu étais partie. J’ai toujours trouvé ma réaction étrange, je n’ai rien dit, je n’ai pas pleuré… pourtant je t’aimais mamie. Ton départ préparé par les médecins, maman et papa, les différents voyages dans les différents hôpitaux, dans les différentes villes, la semaine, le weekend… à ce moment-là, c’est comme si moi aussi, j’étais soulagée. La dernière semaine était dure il parait, je n’étais pas là. J’étais partie avec ma classe en Allemagne et à mon retour, je suis venue te voir. C’était un mardi, à la sortie de l’école et en effet, la maladie avait repris le dessus. Cela ne m’avait pas étonnée plus que cela car tu avais déjà réussi à surmonter ce type de « rechute » deux fois ou trois fois. Pourquoi n’aurais-tu pas réussi à survivre à ce mauvais moment ? On a cru toutes les deux à une guérison jusqu’à la fin… Hein mamie, tu y croyais encore ? Moi, je m’étais faite à l’idée de te voir dans une autre chambre que la tienne. Je crois que toi, ça ne te plaisait plus. Dans la nuit du mardi au mercredi, tu es partie… J’aurai pu m’effondrer. Non. J’ai écrit et j’ai parlé de toi. Encore aujourd’hui, cela me fait du bien de penser à toi. Peut-être qu’aujourd’hui, j’ai le cœur serré mais je sais que demain, j’aborderai ma journée avec un second souffle.

Que tu étais belle mamie. Tu l’as toujours été et tu as toujours été la mamie présente pour combler les manques que j’avais. Je crois bien que ça ne te plaisait pas toujours et pourtant tu le faisais… Tu m’as toujours protégée contre les méchants de l’école, les copines … d’ailleurs aucune copine ne valait la peine n’est-ce pas mamie ? Est-ce que cela était de la protection ou de la jalousie ?
C’est vrai mamie, aucune copine au monde ne valait la meilleure amie que tu étais. D’ailleurs, c’est à toi que je confiais mes secrets, avec qui j’ai fait mes premières bêtises… Au-delà de la protection « normale » d’une mamie, tu étais ma complice.
Mamie tu sais, c’est difficile à dire ou à avouer mais malgré les difficultés que j’ai rencontré, je me dis que j’ai quand même eu de la chance car je me suis mise en danger plus d’une fois et plus d’une fois, en sortant de ces situations de m****, j’ai pensé à toi. Mamie, si tu savais à quel point j’étais heureuse que tu sois jalouse et que tu attires mon attention sur ma naïveté.

Tu es irremplaçable mamie. Rien ne vaut nos premières fois avec toi. J’ai cependant continué…
– mes bêtises avec Céline. Nous avons joué le jeu de la drague. Nous avons imaginé nos premiers amoureux jusqu’à en avoir vraiment un. D’ailleurs, pendant longtemps, je me suis dit que c’était quand même mieux quand c’était entre nous…
– les encas gourmands avec Adrien. Il m’incite à manger des bêtises et à rien faire parce que c’est bien aussi de ne rien faire en mangeant des bêtises. N’est-ce pas mamie ?! Ce n’est pas toi qui m’aurais dit le contraire.
– les danses ridicules dans la cuisine, les fous rires et les câlins réconfortants de petits pandas… tout ça, je le partage à présent avec Gabriel. Je ris presque aussi fort qu’avec toi mamie. Pendant des années, je n’y croyais plus mais si mamie, je ris franchement et sincèrement.

 

Avec toi, j’étais heureuse. Sans toi, j’apprends à être heureuse autrement.

 

A toi, ma mamie boulette.

 


7 commentaires sur “Lettre à l’être aimé #1”

  • 1
    Vurpillot laura le 18 septembre 2017 Répondre

    Les larmes aux yeux , tu as tellement décris notre mamie telle qu elle était . Je revis à travers toi , tes paroles Jenna notre passé, mon sourire quand je vous voyais faire les folles dans la cuisine et danser en levant les pieds devant vous à gauche à droite ….. Par contre je me rends compte que moi je n ai jamais accepté son décès et me remémore les hurlements quand les pompes funèbres ont refermé ton cerceuil, ç est D ailleurs mon plus gros moment de souffrance vécu sur cette terre au jour d aujourd hui . Souffrance physique qui me fait encore mal à l heure ou j écris cette phrase. Ma gorge se serre . Une douleur horrible . J espère qu un jour je saurai accepter …… Tu as été ma plus grande histoire d amour mamie. Celle qui ne déçoit jamais. Je t aime .

  • 4
    daniel le 21 septembre 2017 Répondre

    Mamie vivante vous a donnée son amour !
    Mamie partie vous a appris l’amour !
    Mamie partie est encore plus présente !
    Cette abondance d’amour que vous avez reçus ne peut que vous rendre plus forte , plus courageuse, plus vrai dans l’amour !
    Vous avez us cette chance de recevoir cette amour, partager la ! ! ! !

    Bisous les filles,
    Je vous aime, papa

    • 5
      Jenna le 13 octobre 2017 Répondre

      Merci papa pour ce doux message

  • 6
    MARTINEZ le 19 octobre 2017 Répondre

    Si Belle Jenna… je termine tes mots …. ceux qui touchent au plus profond de nous. J ai eu une mamie, que je voyais moins que toi, mi abuela comme on l appelle en Espagnol. J étais sa petite fille, son amour … elle me protégeait, me défendait. Elle m aimait … et je l aime
    Là , de penser à elle, d en parler ici, me donne des frissons. ses bras étaient doux, son parfum à la violette …… mais je sais qu elle est toujours là… mi abuela ….

    • 7
      Jenna le 23 octobre 2017 Répondre

      Oh quel beau message aussi ! Merci à toi Maria d’avoir partagé ce moment avec moi <3

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